Comment transformer la forêt en mine d’or vert


Baisse des taux d’intérêt et chaos des marchés boursiers obligent, les Français se tournent de plus en plus vers la sylviculture. Ce qu’il faut savoir avant d’investir.

En vingt ans, leur valeur a progressé plus vite que celle de l’indice CAC 40: les forêts ont le vent en poupe. Alors que le prix moyen de l’hectare stagne, autour de 4.000 euros, celui des forêts de plus de 100 hectares, les plus recherchées, s’envole, selon l’étude effectuée par Agrifrance, département spécialisé de BNP Paribas. En 2009, les transactions moyennes s’effectuaient à moins de 6.000 euros par hectare. Aujourd’hui, elles dépassent les 8.000 euros. Pourtant, il y a quelques années, la forêt ne faisait pas rêver avec son rendement de 3% au mieux. Mais la baisse des taux d’intérêt est passée par là et son 1 à 3% de rentabilité fait désormais bonne figure face au 0,75% du livret A.

La crise a également joué son rôle: aux milliards qui s’évaporent sur les marchés financiers, certains préfèrent des actifs réels solidement enracinés dans le sol. Ajoutons à cela aussi une fiscalité très douce, et on comprend aisément le regain d’intérêt des Français pour la sylviculture… Challenges a fait le point sur les investissements forestiers, petits ou grands.

DÉTENIR UNE FORÊT EN DIRECT

Pour ceux qui s’intéressent vraiment à la forêt, le plus satisfaisant est d’en détenir une en direct. Sylvestre Coudert, expert forestier, raconte: « Certains viennent d’abord pour des motivations fiscales… puis y prennent goût! » Les forêts sont très prisées des contribuables éligibles à l’ISF, car elles sont exonérées à hauteur de 75% de leur valeur. Autrement dit, en achetant un bois à 800.000 euros, on sort immédiatement 600.000 euros de son assiette taxable. Et lorsque celui-ci est transmis par donation ou succession, seul un quart de sa valeur sera soumis aux droits de mutation.

ACHETER DES PARTS DANS UN GROUPEMENT FORESTIER

Ceux qui n’ont pas envie de passer des week-ends à arpenter leurs hectares peuvent opter pour des groupements forestiers, qui investissent dans différents emplacements. Avec eux, les contribuables fortement taxés à l’ISF font coup double. D’une part, ils allègent l’assiette taxable à l’ISF pour les années suivantes, puisqu’ils ne seront taxés que sur 25% de la valeur de leurs parts. Mais en plus, les groupements forestiers sont des sociétés jeunes qui créent des emplois. Du coup, leurs souscripteurs ont aussi droit à une réduction d’impôts de 50% du montant acquis, dans la limite de 45.000 euros. Pour conserver cet avantage fiscal, il faudra rester investi dans le groupement dans les cinq ans et demi qui suivent sa création. Et la liquidation des bois mettra un ou deux ans de plus. « Nous conseillons d’investir sur des durées longues, dix ans au minimum », recommande Christine Chiozza-Vauterin, responsable de l’offre immobilière à la banque privée 1818.

DIVERSIFIER SON PORTEFEUILLE

Dernière façon de jouer l’investissement forestier: loger dans son portefeuille de titres ou son contrat d’assurance-vie un fonds qui investit dans des sociétés de forêts cotées en Bourse. Géré par Pictet, ce fonds mise sur les besoins en bois de plus en plus importants, pour fabriquer du papier, mais aussi des logements à présent que les maisons en bois sont de plus en plus sophistiquées. Son nom? Le cri que prononcent les bûcherons canadiens lorsque l’arbre tombe: Timber!

Hugues Saunière, 65 ans: “ Une façon de transmettre aux générations futures ”

« Mon arrière-grand-père a fait partie de l’équipe de Marius Vazeilles, qui a planté des arbres sur le plateau de Millevaches: à l’époque, il a vu la forêt comme un livret de caisse d’épargne. Il avait planté des pins sylvestres, mon grand-père de l’épicéa, mon père du douglas.

De mon côté, je tente de diversifier, avec des cèdres de l’Atlas qui résistent à des températures de -20 et de +40 degrés, et même des aulnes, qui servent, entre autres, à la fabrique des touches des accordéons produits à Tulle. Beaucoup s’imaginent qu’avec une forêt il suffit de planter et de repasser vingt-cinq ans plus tard. Or il faut débroussailler, élaguer, dépresser, éclaircir… Finalement, ça ne rapporte pas grand-chose, mais ça permet de transmettre aux générations futures. Chez ma tante, en 2011, nous avons coupé quelques arbres qui avaient été plantés par mon arrière grand-père en 1918! »

A FAIRE: aller voir la parcelle avant de se lancer…

… et se faire accompagner d’un expert forestier pour connaître la valeur des bois. Mieux vaut acheter là où l’on a des attaches: même en déléguant la gestion, il faudra se rendre sur place régulièrement.

A NE PAS FAIRE: investir plus de 30% de son patrimoine

La forêt permet de diversifier ses actifs, mais son revenu est aléatoire (tempêtes, maladies du bois…). Et comme les prix actuels sont élevés, il y a peu de plus-value à espérer.

Sourced through Scoop.it from: www.challenges.fr

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